De retour à Ittoqqortoormiit

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Après six mois ailleurs, je retrouve Ittoqqortoormiit et ses 354 habitant•es. J’ai voyagé avec une sereine appréhension, épris de l’âpreté que je m’apprêtais à éprouver, de la splendeur, de l’altérité. Je me souviens de la magnificence des lieux et de la rude expérience d’un monde qui est loin du mien. Ce monde qui devient subrepticement une petite partie du mien, une croissante infime partie de moi. Cette fois, je n’y suis que pour une partie de mois. Trois semaines pour comprendre ce que je n’avais pas compris, et pour apercevoir plus encore l’étendue de mon ignorance et de mon insignifiance. À mon arrivée, j’ai l’impression de ne pas être parti, de m’être assoupi quelques instants. Pourtant, chaque pas laisse entrevoir de la nouveauté : la nuit polaire a été remplacée par un jour ininterrompu, la neige s’est effacée des routes principales tandis que la banquise s’est formée, la saison de la chasse à l’ours s’est ouverte et presque déjà refermée, les pécheur·ses sont revenu·es sur la glace, des ami·es sont parti·es et d’autres êtres peuplent les rues, les enfants ne sont plus attelés aux motoneiges mais chevauchent leurs vélos, les sourires familiers sont désormais plus appuyés et me voilà prêt à balbutier quelques mots d’Est Groenlandais.

– Back home

After six months elsewhere, I am back in Ittoqqortoormiit. I travelled with a serene apprehension, embodying the harshness I was about to experience, the splendor, the otherness. I remember the magnificence of the places and the harsh experience of a world that is far from mine. This world that surreptitiously becomes a small part of mine, a growing, tiny part of me. This time I am only there for part of a month. Three weeks to understand what I didn’t understand, and to see even more the extent of my ignorance and insignificance. When I arrive, I feel as if I haven’t left, as if I’ve dozed off for a few moments. Yet every step I take suggests something new: the polar night has been replaced by an uninterrupted day, the snow has faded from the main roads while the ice pack has formed, the bear hunting season has opened and almost closed again, the fishermen have returned to the ice, friends have left and other people are on the streets, children are no longer on snowmobiles but on bicycles, the familiar smiles are now more pronounced and I am ready to stammer a few words in East Greenlandic.