Carnet(s)

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Dans quelques jours, je serai au Nord. Et, pourtant, je le suis déjà bien plus que ce que les années passées ont élevé au rang d’habitude. Voilà quelques courtes semaines que je me suis retiré à Bergen. Pour la seconde fois. Pas à vélo cette fois, pas en avion encore, bien plutôt par d’interminables connexions ferroviaires qui font étranges voisines la France, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et enfin la Norvège. Quelle idée que de rencontrer ses voisines. Cette balade initiatique est pourtant juste assez longue pour laisser renaître un amour (irrationnel) pour le pays du Gudbrandsdalsost. Les non-lieux des gares qui se sont dressées sur mon parcours laisse place aux infinies fjells, aux glaciers, à des troupeaux de fjords en ordre dispersé, à des prairies d’immenses rochers dont certains épousent les formes de la détente. Bien des péripéties se logent ça et là, mais me voici déjà à Bergen. Pour l’excuse d’une école d’été, pour l’occasion de revoir Francisco, pour l’excitation de me confronter à mon engouement, pour rejoindre un directeur de thèse exilé, et pour tant d’autres raisons encore inconnues – mais dont l’une d’elle me fait face, emparée par le sérieux de son art.

Me revoilà donc re-propulsé dans le présent, celui où j’ai tant de mal à m’extraire de mon apothéose norvégienne pour rentrer à la hâte chez moi, préparer mes valises, m’envoler pour l’Islande, m’y glisser rapidement, puis m’envoler pour le Groenland. Ittoqqortoormiit. Devant moi un carnet, celui-ci, celui depuis lequel j’écrirai à des d’inconnu·es. Bienvenu donc !

– Notebook

In a few days I will be in the North. And yet I am already much more than what the past years have made me feel usual. I have been in Bergen for a few short weeks now. For the second time. Not by bike this time, not by plane yet, but rather by endless rail connections that make France, Germany, Denmark, Sweden and finally Norway strange neighbours. What an idea to meet your neighbours. This initiatory journey is however just long enough to revive an (irrational) love for the land of Gudbrandsdalsost. The non-places of the stations that stood on my way give way to endless fjells, glaciers, herds of fjords in scattered order, meadows of huge rocks, some of which take the shape of relaxation. There are many adventures here and there, but here I am already in Bergen. For the excuse of a summer school, for the opportunity to see Francisco again, for the excitement of confronting my infatuation, to join an exiled thesis director, and for so many other reasons still unknown – but one of which is facing me, seized by the seriousness of her art.

So here I am, back in the present, the one where I am having so much trouble extracting myself from my Norwegian climax to rush home, pack my bags, fly to Iceland, slip in quickly, and then fly to Greenland. Ittoqqortoormiit. In front of me a notebook, this one, from which I will write to strangers. Welcome then!