Élections nationales : L’indépendance ne se fera pas à n’importe quel prix

Les élections nationales du 6 avril s’inscrivent en rupture à la fois de l’histoire politique du Groenland, mais aussi du mode de développement vers l’indépendance qui avait été projeté sur/par le pays jusque-là. Ainsi, la nouvelle coalition au pouvoir entend articuler développement économique, protection de l’environnement et indépendance.

Après les revirements de la précédente coalition sur le projet minier Kuannersuit, à Narsaq, les membres du parlement groenlandais avaient décidé, en février dernier, de la tenue d’élections anticipées le 6 avril 2021. Le parti Inuit Ataqatigiit (IA), parti classé à gauche et historiquement fondé pour faire du Groenland un pays indépendant, est arrivé en tête, et son leader Múte Egede a pris la tête de la coalition IA-Naleraq, soutenue par Atassut. Même si le qualificatif de “gauche écologiste” attribué à la nouvelle coalition ne recouvre que partiellement la réalité politique locale, les résultats des élections n’en demeurent pas moins historiques. 

D’abord, ce n’est que la seconde fois depuis que les premières élections se sont tenues au Groenland en 1979, que le Siumut n’arrive pas en tête (après le précédent de 2009). Ensuite, plus anecdotiquement certes, le nouveau président groenlandais devient, à 34 ans, le président le plus jeune du pays. Enfin, parce que la campagne électorale, lors de laquelle le projet minier à Kvanefjeld a occupé une place centrale, à mis en question les orientations stratégiques pour l’indépendance du pays. A rebours des nombreux exemples historiques d’indépendances basées sur l’exportation de ressources naturelles et des récits extractifs de l’Arctique, le Groenland semble se projeter dans un voie alternative. Ainsi, le projet de terres rares à Kvanefjeld semble être enterré par la nouvelle coalition, dont les membres ont clairement exprimé leur refus ; le parti de soutien Atassut prône pour sa part l’organisation d’un référendum. Néanmoins, cela ne signifie pas que le Groenland renonce à tout projet minier à l’avenir, mais qu’il veut pouvoir arbitrer, notamment en mettant en balance les questions de dégradations environnementales. Émerge aussi la volonté de ne pas substituer la tutelle danoise à une autre tutelle étrangère. L’accord de coalition, qui fait 17 pages, ne tranche d’ailleurs pas ces questions, mais se concentre principalement sur des questions de politique intérieure. Il s’intitule “Solidarité, stabilité, croissance” et permet d’identifier six domaines d’actions clés : 

  • Financer la mise en œuvre d’une réforme fiscale;
  • Réduire le nombre de sans-abri; 
  • Mettre en œuvre une plus grande flexibilité dans le secteur de la santé;
  • Établir un seuil de pauvreté;
  • Faire adopter une nouvelle loi pour une pêche durable et respectueuse des pratiques traditionnelles – ce qui inclut notamment le refus de la privatisation de Royal Greenland ainsi que la fin des quotas pour l’Union Européenne dans les eaux groenlandaises ;
  • Faire un plus grand effort pour améliorer les conditions de soins dans les maternités. 

En plus de ces six domaines prioritaires, la coalition a exprimé une volonté de renforcer la concurrence, en remettant en question les situations de monopoles, notamment en développant des accords de libre-échange (par exemple avec la Grande-Bretagne). Les projets hydroélectriques sont aussi une priorité élevée pour la nouvelle coalition, qui mise en particulier sur le développement d’“énergies vertes” pour renforcer son auto-suffisance énergétique du pays. Dans le domaine extractif, l’accord affirme que l’uranium ne peut pas être extrait au Groenland. Comme l’ont souligné plusieurs partis d’opposition, certaines zones d’ombres persistent. La question du développement touristique n’est par exemple que peu traitée alors qu’il pourrait s’agir d’un domaine essentiel pour tracer une voie alternative et arbitrer entre développement minier et indépendance.

Sources : SermitsiaqEU ObserverIA (Accord de Coalition)Naalakkersuisut (Résultats)MediapartSermitsiaqSermitsiaq.